Pas sûr que la nouvelle apaise la forte tension qui règne à Conakry depuis deux jours. Toutefois, et contredisant les informations de la veille qui le disaient dans un état grave, le conseiller de Moussa Dadis Camara a affirmé samedi que le chef de la junte au pouvoir en Guinée se trouvait "hors de danger". "L'opération est un succès", a ajouté Idrissa Chérif, faisant référence aux soins médicaux qu'a reçus le leader guinéen à l'hôpital militaire de Rabat, au Maroc, suite aux tirs d'arme à feu qui l'avaient blessé jeudi soir. Un attentat attribué à son lieutenant, Aboucar Diakité, alias "Toumba", un temps annoncé arrêté, mais qui a finalement pu fuir Conakry, la capitale du pays, en compagnie de quelques fidèles.
En tout état de cause, cette tentative de meurtre souligne un peu plus la forte rivalité qui règne au sein la junte militaire arrivée à la tête du pays à Noël dernier, quelques jours seulement après le décès du président Lansana Conté. Et c'est justement cette instabilité qui plonge aujourd'hui le pays dans un état de tension maximale, le massacre du 28 septembre dernier - auquel "Toumba" ne serait pas étranger - étant encore dans tous les esprits.
"El Tigre" aux commandesCe jour-là, une manifestation pacifique de l'opposition guinéenne avait tourné au bain de sang dans un stade de Conakry. La garde présidentielle avait en effet violemment réprimé cette vague de contestation. Le bilan fut terrible: 157 personnes au moins auraient trouvé la mort, selon les ONG. Des viols et autres exactions auraient également été commis. Soucieux de faire bonne figure face à un Occident plus que sceptique, Moussa Dadis Camara avait alors ordonné une enquête au sein de l'appareil militaire au pouvoir. L'étau se serait alors resserré autour de "Toumba", ce qui, pour beaucoup de Guinéens, pourrait expliquer la tentative d'assassinat de jeudi.
Pour l'heure, le plan prêté à ce dernier semble avoir échoué. Par l'entremise du président burkinabé, Blaise Compaoré, qui joue les médiateurs dans la crise guinéenne depuis les événements du
28 septembre, Moussa Dadis Camara a pu rapidement être conduit en lieu sûr à l'étranger. Et sur place, les proches du président blessé ont immédiatement annoncé qu'il n'y aurait pas de vacance
du pouvoir. Considéré comme le véritable maître de la Guinée, le ministre de la Défense, Sékouba Konaté, a effectivement pris le relais ce samedi. Celui que l'on surnomme "El Tigre" en raison
de sa bravoure au combat, notamment lors de la guerre de 2000-2001, avait très vite regagné Conakry après la tentative de meurtre de jeudi soir. D'aucuns le présentent comme capable d'éviter
toute nouvelle flambée de violence dans les rues de la capitale, quadrillée par les soldats, et des principales villes du pays. Signe encourageant: il n'aurait aucun lien, de près comme de
loin, au massacre du 28 septembre.
